“Ces dernières années, nous avons tous pu voir l’impact des réseaux sociaux et des nouveaux médias sur les générations qui sont “nées dedans”. En tant que parent, il est important de prendre la mesure des dangers et des opportunités qui attendent nos enfants et donc de les accompagner pour les outiller et leur donner les bons réflexes. Comme on apprend à nager pour ne pas se noyer, il est important d’apprendre à naviguer dans le monde médiatique pour ne pas se faire dévorer“, explique Caroline Prévinaire.
Le studio sort également un podcast pour les enfants, Contes des Fées, où Blanche-Neige se fait catfisher (ndlr : se faire piéger par quelqu’un qui use d’une fausse identité), où le loup vole l’identité du Chaperon et où la Belle au bois dormant est victime d’infox…
Accessibles sur Podkid.be et sur toutes les applications de podcasts, ces 10 épisodes de 10 à 20 minutes revisitent les contes pour leur rendre leur objectif premier : être des récits fondateurs qui parlent des enjeux du monde qui nous entourent. Les héroïnes sont complexes, loin d’être innocentes ou inoffensives.
Un univers magique qui propose des histoires d’aujourd’hui, avec nos héros d’hier.
Une réflexion sur l’oralité et la transmission déjà commencée avec le podcast Macrales :
“En quelques générations”, ajoute Caroline Prévinaire, “nous avons vite oublié qu’avant les films Disney, avant les livres des frères Grimm et de Perrault, les histoires étaient des choses vivantes qui se transmettaient par l’oral et qui évoluaient donc de génération en génération, parce que le monde évolue. Encore trop souvent, on répète en boucle à nos enfants des histoires figées autour d’enjeux vieux de parfois 200 ans. Contes des fées est une réappropriation de la transmission orale. Un dépoussiérage bien nécessaire pour offrir aux enfants – et à ma fille de 6 ans par exemple – des récits fondateurs qui leurs ressemblent et qui reflètent les enjeux et les dangers qu’ils affronteront dans le monde ultra connecté et numérique qui les attend.”
Le podcast comporte des chansons originales qui ont été créées grâce à des IA : Caroline Prévinaire a écrit les paroles des chansons avec l’aide de Chat GPT, et c’est l’IA de Suno qui a entièrement créé les musiques. Ensuite, les morceaux ont été recomposés par un musicien et enregistrées en studio avec les comédiens et les comédiennes. Il s’agit là d’un des premiers usages directs de l’IA dans la création de podcasts belge.
“C’était assez fascinant… À la fois vertigineux, effrayant et très excitant ! Mais ce que l’on en a ressorti, c’est que l’IA est un outil disruptif comme le cinématographe ou la table graphique. Elle ne va pas nous remplacer, mais elle repousse les limites de ce qui est possible. Et c’est là que l’Intelligence artificielle devient un outil incroyable pour tous les créateurs et les créatrices. Il y a encore un an, ces chansons n’auraient jamais existé…”, explique Caroline Prévinaire.
Ce podcast, c’est aussi des histoires d’empouvoirement. Un genre de récit encore trop rare dans le paysage des contenus proposés aux tout-petits. Chaque épisode célèbre l’inclusion et l’auto-détermination, avec, par exemple, des fées marraines incarnées par des Drag Queens et Drag Kings du collectif Unique en son genre.
La Maison Arc-en-Ciel de Liège a également enrichi le projet en apportant son regard sur les questions LGBTQIA+ à travers un sensitivity reading, tout comme Estelle Depris, consultante antiraciste, qui a travaillé avec l’équipe de création afin d’explorer les enjeux qui s’incarnent dans les cheveux des petites filles racisées au travers du conte de Raiponce. Dans cette version revisitée, Raiponce est une princesse aux cheveux texturés et lissés de force par la terrifiante Magia, qui lui vole son pouvoir sous prétexte de l’aider à se conformer aux normes de la société. Des cheveux qui deviendront une véritable source de puissance dont Raiponce s’emparera pour se libérer de sa tour.
”Enfant, en tant que petite fille racisée, je n’avais pas de figure qui me ressemblait dans l’imaginaire des contes. J’ai grandi avec des histoires qui m’excluaient, et c’est ce manque que nous avons voulu réparer”, explique Tamara Marigoh Ndibo, qui prête sa voix à Raiponce.
Dans ces histoires, il n’est pas question de raconter des princesses fragiles, éternelles victimes en quête d’un sauveur. Le podcast s’inspire des versions anciennes des contes, où les héroïnes sont complexes, loin d’être innocentes ou inoffensives. Et si, comme le rappelle une réplique marquante du podcast, “il fallait aussi se méfier des petites filles” ?